La Fabrique Sailing Team
Retour aux sources gagnant
09.04.2018

Retour aux sources gagnant

Le week-end dernier, Alan était l’invité d’Amélie Grassi pour l’épauler sur la Plastimo Lorient Mini. Cette première course de la saison au calendrier de la Classe Mini 6.50, qui se court en double au départ et à l’arrivée de Lorient, est en effet traditionnellement l’occasion pour les nouveaux coureurs d’embarquer anciens « Ministes » et grands noms de la course au large. Sur Tyrion, le n°944, Amélie et Alan se sont imposés dans la catégorie des bateaux de série, au terme d’une longue et intense bataille. Et surtout d’un finish incroyable. Le co-skipper d’un jour nous raconte la course.

« J’étais très content de courir avec Amélie. Vu que le bateau est en chantier, ça fait toujours du bien de retourner naviguer, en course, et surtout en Mini de série car il y a un sacré niveau. C’était aussi un joli défi pour nous, car on ne partait pas vraiment favoris : j’avais navigué trois heures sur le bateau, testé deux voiles, je ne le connaissais pas vraiment ni ne savais comment l’utiliser. L’idée était surtout de lui apporter un maximum à Amélie dont c’était la première course et seulement la deuxième nuit en mer. 

Premier jour

On a réussi un très joli départ. C’est toujours tendu de partir sous spi (grande voile creuse d’avant) car on a un peu peur d’arriver trop vite sur la ligne et de voler le départ. C’est joli pour les photos, mais un peu stressant pour les marins ! On a enchaîné sur un tour de l’île de Groix sous le soleil et dans peu d’air, juste ce qu’il fallait pour avancer. Un début de course plutôt agréable, qui m’a permis de prendre mes marques à bord du bateau et de me caler avec Amélie. Déjà là, on réalise qu’on est vraiment bien en vitesse pure par rapport aux autre bateaux. Sur la route vers les Glénan, en sortie de Groix, le vent est tombé d’un coup et tout le monde - sauf ceux qui étaient à ras la côte - s’est retrouvé arrêté. C’était un peu un deuxième départ, on était dans les dix premiers et on a passé près de quatre heures à ne pas avancer, coincés dans la molle (zone sans vent).  On s’est énervés dès que le vent est un peu revenu.

Première nuit

En approche des Glénan, plusieurs choix stratégiques se sont proposés à nous. On a choisi de passer au milieu de l’archipel, alors qu’on avait initialement pris une route pour passer plutôt par le Sud, ce qui nous a fait perdre du temps, et une quinzaine de places avec. Une fois repositionnés dans l’axe, en pleine nuit, on a sorti le gennak (grande voile d’avant plate) alors que le reste de la flotte était sous génois (petite voile d’avant plate): on a pu remonter tous ceux qui nous avaient doublés, en moins de deux minutes. C’était assez hallucinant et plutôt drôle d’entendre les concurrents pester sur notre passage. Ils se sont ensuite tous mis sous gennak (rires). 

Deuxième jour

À la sortie des Glénan, on est partis au large tandis que les autres sont restés plus proches des côtes et nous sont de nouveau repassés devant. Au passage de la marque de parcours Spineg, on est redescendus sous spi, dans 10 noeuds de vent et 2 mètres de houle. On a fait une option « route théorique directe » d’un point A à un point B, en direction de Belle-île, en enchaînant les empannages. Rebelote : on a remonté les bateaux les uns après les autres. Quand il n’y a pas de vent, la route la plus courte est souvent la plus rapide ! Mais nouvel arrêt complet à l’Ouest de Belle-Île : plus de vent et le bateau qui recule avec le courant. On a bataillé, et bataillé, pour essayer d’avancer. Sans succès. Dans ces moments-là, c’est la guerre psychologique. On commence à douter de notre position, en plein milieu de la flotte. Tout le monde se demande qui va retoucher le vent en premier. C’est dur pour le mental, mais on se rassurait en se disant que les autres seraient, tôt ou tard, obligés de se réaligner sur nous. C’est ce qu’il s’est passé, on a réussi à prendre les devants et à se retrouver dans les trois premiers dans la descente sous Belle-Île. 

Deuxième nuit

À la sortie, on est au contact avec Valentin Gautier (n°903, Shaman Banque du Léman)qui menait la course depuis le départ. On fait du gros, gros rase-cailloux, à jouer au chat et à la souris avec Valentin. On repart au près en direction de Lorient, collés au tableau arrière du Shaman qui arrivait encore à nous contrôler. Jusqu’à ce qu’on vire de bord en direction de la côte, pour être en route directe sur la ligne d’arrivée. On passe en tête, ex aequo avec le n°887 (Frilouse, skippé par Benoît Formet et Pierre Chedeville), qui avait viré un peu avant nous et se retrouvait, lui, en-dessous de la ligne. Mais de nuit, on ne savait pas qu’il se trouvait là. Valentin a continué sa route et se retrouvait donc au-dessus de la ligne. On est à une douzaine de milles de l’arrivée et on sait qu’il ne nous repassera plus devant. 

Dernier jour

Au lever du jour, on réalise que le 887 est juste devant nous et on se dit qu’on va terminer deuxièmes. C’est là que le vent tourne de trois fois rien et nous donne une position de force : plus on se rapproche de la bouée, plus on est engagés sur la ligne d’arrivée par rapport à lui. Ce qui fait que, pour des raisons de priorités maritimes, il se retrouve dans l’interdiction de nous « sortir ». C’est comme ça qu’on le double, à moins de 70 mètres de l’arrivée. 

Victoire sur le fil pour Amélie et Alan (Tyrion, 944)
Images : Arnaud Machado
Commentaires : Germain Kerleveo


C’était incroyable. C’est une jolie victoire car Pierre « Pitos » Chedeville a cartonné ces deux dernières années à bord de son bateau. Et c’est aussi une belle récompense parce que la bataille a été dure, on n’en pouvait plus, on était au taquet toute la nuit. Mais à armes égales, à bord des mêmes bateaux, on avance à la même vitesse et il n’y a pas grand chose à faire. C’est donc la stratégie pure et dure qui a payé et c’est simplement génial. Si Valentin méritait cette victoire après son superbe parcours, on ne l’a pas volée non plus. D’ailleurs, un grand merci à lui et « Pitos », forcément déçus, qui ont fait preuve d’un grand fairplay en venant nous féliciter, le sourire aux lèvres. Ça fait plaisir de voir qu’il y a encore ce bel esprit dans la Classe Mini.

J’espère avoir apporté de bonnes bases à Amélie, notamment de sens marin car c’est déjà une excellente régatière en dériveur, elle s’entraîne avec Tanguy Leglatin au pôle de Lorient Grand Large, elle sait régler son bateau… Elle a un super potentiel et déjà tout ce qu’il faut pour devenir une navigatrice redoutable, je lui ai plutôt apporté mon expérience sur ce qui peut se faire pour embêter les autres et prendre le dessus. Elle avait d’avantage besoin d’être encadrée et rassurée pour cette première course vraiment au large.  

Moi, cette régate au contact en quasi-monotypie (presque un tiers de la flotte des bateaux de série était des Pogo 3) m’a permis de me faire plaisir pour mon come-back en Mini. Et puis aussi de prouver que quand j’ai un bon bateau entre les mains, je sais y faire (sourire). »

Partis vendredi 6 avril à 12h parmi 58 équipages engagés (17 en catégorie Prototype, 41 en bateaux de série), Amélie et Alan ont franchi la ligne d’arrivée dimanche 8 avril à 7h50, après un jour, 19 heures et 50 minutes 24 secondes de course. Ils s’imposent au classement des bateaux de série avec 16 secondes d’avance et terminent même cinquièmes du classement général. 


Classement de la Plastimo Lorient Mini 2018


Bateaux de série

1 - Amélie Grassi - Alan Roura (Thyrion - 944) en 1 jour 19 heures 50 minutes 24 secondes
2-  Benoît Formet - Pierre Chedeville (Frilouse - 887) en 1 jour 19 heures 50 minutes 40 secondes
3- Valentin Gautier - Frédéric Duthil (Shaman Banque du Léman - 903)en 1 jour 19 heures 56 minutes 37 secondes
4- Jean-René Guilloux - Nicolas Lunven (Minimir Sailing Team - 915) en 1 jour 20 heures 1 minute 24 secondes
5- Clément Machetel - Arnaud Boissières (April Marine - 913) en 1 jour 20 heures 11 minutes 15 secondes
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Protoypes
1- Erwan Le Mené - Gwénolé Gahinet (Rousseau Clôtures - 800) en 1 jour 15 heures 14 minutes 55 secondes
2- François Jambou - Davy Beaudart (Offshoresailing.fr - 865) en 1 jour 15 heures 49 minutes 56 secondes
3- Antoine Perrin - Victor Turpin (Initiatives Générations Océans - 850) en 1 jour 19 heures 7 minutes 10 secondes
4- François Champion - Ian Lipinski (Ino Rope - 950) en 1 jour 19 heures 9 minutes 27 secondes
5- Vincent Lancien - Aurélien Poisson (Roll my Chicken - 679) en 1 jour 20 heures 9 minutes 20 secondes
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Photos © Clément Le Calvé / PLM 650



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